mercredi 16 novembre 2016

La photographe Olivia Lavergne au coeur de la végétation

Dans l’œil d’Olivia Lavergne, la jungle prend des allures de paysage fantastique, oscillant entre les ocres et les tonalités verdoyantes, via son travail de mise en scène clair-obscur. Il est question d’exploration de territoire et de métamorphoses. Une végétation luxuriante et émouvante, à la fois intrigante ( voire inquiétante), onirique... aux mille lectures possibles, à la manière d’une œuvre picturale. De part sa maîtrise de la composition, la photographe saisit la nature entre réalité et fiction. Fiction, c'est aussi le nom de sa toute nouvelle exposition parisienne. 
L'occasion de m'entretenir avec elle et de vous la faire découvrir.
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Fiction, O. Lavergne.

Peut-on dire que tes photos sont des tableaux photographiques ?
Dans les tableaux photographiques, le médium photographique renoue avec la tradition de la peinture. L'idée n'est pas d'imiter la peinture mais de créer un lien avec elle en y engageant un sens. Dans certaines de mes photographies en grand format, j'ai composé de la même façon qu'un peintre composerait une toile.

Te sens-tu proche d’artistes peintres comme le Douanier Rousseau ou d’autres ?
Nos démarches résonnent dans le sens où nous recréons tous deux de l'imaginaire et que nous avons sans conteste des sujets de prédilection communs.
Pour moi, les toiles du Douanier ont un aspect très contemporain!

D’où te viens cette passion pour la nature et pour la photo ? Qu’est-ce qui t’a poussé à en faire l’objet de tes recherches en photo ?
Cette passion pour l'image et pour la notion de nature me vient de l'enfance. C'est en une manière de renouer avec mes racines profondes. Il y a quelque chose d'instinctif dans ma démarche, je ne cherche pas à tout interpréter, c'est plutôt de l'ordre de l'intuition, de la perception et de l'exploration.

Comment règles-tu le paradoxe entre mise en scène et nature ?
À l'heure de la mondialisation et de la transformation incessante du territoire, peut-on encore parler de nature ? Je préfère parler de paysage en tant qu'il implique un processus de transformation. Dans le paysage, nature et société sont en constante interaction. Je vois le paysage comme un espace scénique, dans lequel je mets en situation un personnage ou la végétation d'un territoire. Ce qui m'intéresse c'est la représentation de l'événement qui se joue à l'intérieur du cadre de mes photographies. D'ailleurs, il y a toujours un concept de scénographie appliqué à l'image, ce qui me permet d'amplifier le caractère artificiel du projet et créer un rapport avec le spectacle. Il y a aussi l'idée d'une performance quand je réalise l'image.
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Ficiton, O.Lavergne
Comment crées-tu de l’intime au milieu de la végétation proliférante et quasi oppressante ?
Je ne cherche pas à créer de l'intime au milieu de la végétation. L'idée serait plutôt qu'en tant qu'artiste, je raconte une part de moi dans les images, je me dévoile plus ou moins et révèle une partie de mes propriétés.

Est-ce que ces paysages t’inspirent de la crainte, du réconfort ou d’autres sentiments ?
Dans le choix de ces paysages, il est question de ce que Walter Benjamin appelait "le lieu du crime". Certaines de mes images inquiètent celui qui les regarde; pour les saisir, le spectateur devine qu’il lui faut chercher un chemin d’accès. Il est possible de faire une image qui contienne à la fois ce qu'elle montre et ce qu'elle dissimule !
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Fiction, O.Lavergne
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Fiction, O.Lavergne
Petit à petit tu incorpores l’empreinte humaine dans ton travail photographique, soit en t’y incluant, soit en saisissant les traces du passage de l’Homme via des vestiges, qu’est-ce qui motive ce passage de la nature nue à la nature « habitée » ou plutôt « traversée » ?
Le personnage est une présence qui passe dans l'image, qui la traverse. Le personnage d'Olivia L. n'est autre que la photographe qui joue ici à traverser sa propre fiction.

Comment se passe une prise de vue, est-ce que tu réfléchis à l’avance à une mise en scène, est-ce que c’est un cadre qui lui fait prendre forme au contraire ? Combien de temps cela te prend-il, est-ce de l’instantané ou y a-t-il un temps conséquent de réflexion et de préparation ?
J'imagine en amont une scénographie appliquée à l'image mais c'est sur place que tout se joue. C'est l'acte ici et maintenant qui compte, au sents d'acte de résistance. Quand je réalise les images, je me sents toujours dans l'urgence et de surcroit s'y ajoute quelque chose de plus urgent encore, comme dans l'Idiot de Dostoïevski ou dans Les 7 Samouraïs de Kurosawa !
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Fiction, O.Lavergne
Il y a une dimension métaphysique dans tes images, si tu devais la transcrire avec des mots, toi qui es diplômée en lettres, qu’en dirais-tu ?
Qu'entends-tu par métaphysique ? Que mes photographies révèlent l'essence de la Nature, autrement dit la nature de la Nature ? Par une mise en lumière artificielle, j'en révèle certains aspects de sa forme et en dégage son essence. Je mets en lumière ses traits et en ce sens je donne à voir son caractère fondamental et essentiel. Enfin, je tente d'harmoniser paysage naturel et paysage culturel afin de redonner à l'environnement son essence d'oeuvre d'art.

Fictions
Olivia Lavergne
Jusqu'au 27 novembre
Galerie Insula
24 rue des Grands Augustins
75006 PARIS 

Fictions chez ARTE 
En parallèle, l'exposition se poursuit dans le hall d'accueil d'ARTE France jusqu’au 25 novembre : 8, rue Marceau   92130 Issy-les-Moulineaux  M° Mairie d'Issy  Ligne 12

jeudi 20 octobre 2016

ART 42 : le Musée du street art en France par Nicolas Laugero Lassere


Directeur de l'école l'ICART (Institut des Carrières Artistiques), Président Fondateur de l'association Artistik Rezo et collectionneur d'art urbain, Nicolas Laugero Lassere se lance aujourd'hui dans un nouveau défi : celui de donner vie à un Musée du street art en France, et gratuit, dans un lieu atypique. C'est l'école 42, l'école informatique de Xavier Niel ( l'inventeur de la Freebox) qui accueille depuis peu la collection de street art de Nicolas. Le principe est le même que celui de l'école nichée au coeur du 18ème arrondissement de Paris : accueillir gratuitement les passionnés. Ici sont regroupés 50 artistes dont quelques piliers du mouvement, quelques 150 œuvres réparties sur pas moins 4 000 m2. Impressionnant. Ayant suivi ces derniers mois cette épopée unique, j'en ai profité pour poser quelques questions fondamentales sur le parcours et la démarche de ce collectionneur à part.
ART 42, ART42
Nicolas Laugero Lassere, ART 42 ©ABK

Je me souviens de tes débuts de collectionneur de street art, il y a quelques années. Tu avais d’ailleurs fait une exposition à l’espace Pierre Cardin avec des pièces de quelques piliers du genre. Qui t’a initié et comment cette passion est-elle née ?
J'ai eu une la chance à 20 ans quand je suis arrivé à Paris, d'habiter la butte aux cailles, un quartier du 13ème arrondissement de Paris près de la Place d'Italie. Les murs étaient remplis d'œuvres de street artistes. 
J'ai rejoint deux ans plus tard l'espace Pierre Cardin et c'est un nouvel accès à l'art qui s'est opéré pour moi.  J'ai acheté ma première œuvre en 1998 lors d'une vente aux enchères Caritative au profit de l'association la source de Garouste. C'était un pochoir de Miss.Tic !
Ensuite Magda Danysz (galeriste parisienne, ndr) a été un mentor et m'a fait découvrir l'ampleur du mouvement. 

Quel est ton parcours, comment en es-tu arrivé à créer ce Musée de l’art urbain à Paris?
J'ai d'abord était passionné d'art et de street art, puis en 2008, j'ai présenté la première exposition de ma jeune collection. S'en est suivi 40 expositions pendant près de 10 ans et plusieurs commissariats ces dernières années. 
Art42 est donc véritablement l'aboutissement d'un parcours de collectionneur avec 150 œuvres et installations exposées de plus de 50 artistes sur 4000 m2. 


ART 42 se veut le premier Musée de street art en France, il en pousse de par le monde depuis peu, pourquoi faire un Musée du street art ( quelles sont tes motivations),  et pourquoi maintenant ?
Il s'agit de montrer un grand panorama de cette scène artistique qui passionne tellement de gens. À la fois le travail d'atelier de ces artistes mais aussi des murs et installations sur les parois de l'école. 
42
BANKSY, Musée ART 42, école 42 ©ABK
Pourquoi le créer au sein d’une structure aussi particulière ? Ce Musée est bien atypique. Explique-moi un peu les accointances entre 42 et Artistik Rezo/ ta collection d’art ?
J'ai été fasciné par l'énergie de cette ecole à sa création en 2013. J'ai tout de suite proposé de m'y associer et d'apporter un accès à la culture aux étudiants. 
Là encore, le projet Art 42 est l'aboutissement de plus de 3 ans de collaboration. 

L’exposition montrée pendant la Nuit Blanche fait dialoguer art urbain et art numérique. C’est aussi ma préoccupation majeure dans mes propres recherches et travaux artistiques.  Mais cela reste une pratique encore naissante, presque artisanale, aussi je me demande ce qui a motivé ce choix ? Est-ce la promiscuité avec l’esprit de 42 ?
Oui exactement. C'est aussi l'association du futur architecte de NOC42 avec un artiste du numérique Christian Delecluse. 
L'idée à donc été de monter un événement ensemble en croisant les courants artistiques. Nous avions un véritable ADN commun, générationnel et subversif. 

Cette collection que tu crées méticuleusement depuis des années, comment l’as-tu abordée, comment a-t-elle évolué au fil du temps et qu’en espères-tu pour le futur ?
J'ai vraiment tout appris en la faisant. Je ne venais pas de ce milieu. Ces dernières années, j'ai essayé de me concentrer sur de grandes œuvres de plus grandes tailles afin de faciliter la monstration. 
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JonOne, école 42, ART 42 ©ABK

Le Musée est gratuit et ouvert à tous depuis la nuit Blanche, est-ce que c’est pour conserver l’idée que le street art est accessible à tous, puisque sa place est dans la rue ? Nous sommes à près de 20 000 visiteurs en moins d'un mois. J'ai toujours pensé qu'il fallait respecter l'ADN du mouvement : la gratuite et l'accessibilité, son côtés militant. 

Je suis venue voir chaque étape de la création de ce projet atypique. Je voulais te demander d’expliquer la façon dont tu vois l’idée de ce musée contemporain ?
C'est l'idée d'amener le musée dans une école. De mettre le musée au coeur des jeunes et de ceux qui en ont le plus besoin. 

Que réponds-tu aux détracteurs de la première heure qui ne supportent pas l’idée que le graffiti et l’art urbain quittent la rue ( les murs), son habitacle naturel ?
Depuis le début du graffiti dans les années 70 à New York jusqu'au années 80 en France avec la naissance du street art, les artistes ont toujours eu un travail d'atelier, sur toile et sur support. Rien de nouveau donc. Simplement l'émergence d'un marché important, ce qui n'était pas le cas au début. 


Quelles pièces te rendent le plus fier de cette collection et pourquoi ?
Surtout de grands formats d'artistes importants. J'ai été bien conseillé il y a plusieurs années pour concentrer ma collection sur quelques grandes œuvres plutôt qu'une multitudes de petites pièces. C'est ce qui me permet aujourd'hui de montrer un ensemble cohérent. 
Je pense à particulier à Swoon, Shepard Fairey, Evol, Dran, Gris1, Madame, les Monkey Bird...

Après ce parcours riche en expositions itinérantes et en aventures pionnières, que te reste-t-il à accomplir dans la sphère de l’art urbain?
J'ai le sentiment de n'être encore qu'au début de l'aventure de ce mouvement. Nous avons encore certainement de beaux projets et de grands moments à vivre...

samedi 8 octobre 2016

To be Vegan or not to be ?


Depuis que la plantureuse Pamela Anderson s'en est mêlé en débarquant à l'Assemblée Nationale en janvier dernier, la pratique a trouvé un écho médiatique important. Déjà tendance avant cette campagne française en faveur du veganisme, le monde vegan avait son propre salon depuis un an à peine. Les 8 et 9 octobre 2016, se tiendra la seconde édition de ce salon baptisé VeggieWorld à Paris, le plus grand salon européen consacré au veganisme, cette pratique respectueuse de la vie qui séduit de plus en plus de personnes. Presque 150 exposants et des milliers de visiteurs se donnent rendez-vous pendant deux jours au Centquatre Paris pour imaginer ensemble une façon de vivre plus éthique, sans souffrance pour l'animal. Cosmétique, alimentation, mode, livres, c'est un nouveau "lifestyle", conscient, qui sera proposé. L'occasion de comprendre et peut-être d'adopter tout, ou partie, du veganisme. D'ici là, faisons le point sur la "mode" et le monde vegan avec Swantje Tomalak, la directrice de Veggie World France.
Combien y a-t-il de vegans en France aujourd'hui ? 
Nous ne connaissons pas les chiffres en France sur les personnes vegan, nous ne connaissons que les données sur les personnes végétariennes : 2 millions habitent à ce jour en France, dont 45% en région Île-de-France. 

En Europe ? Et en Allemagne où est né le salon ? 
En Allemagne nous comptons presque 1 million de personnes vegan, avec une tendance croissante. Berlin est aujourd'hui la ville la plus vegan en Europe. Il s'agit d'une statistique qui a été réalisée récemment (mai 2016). Plus de 370 restaurants vegan existent à Berlin. 

Dans le monde ?
A ma connaissance il n'y a pas de statistique sur le nombre de personnes vegan dans le monde. 
Qui sont les bons et les mauvais élèves ? 
Les États-Unis notamment San Francisco, l'Angleterre dont Londres et Allemagne sont des pays très forts et en avance dans le véganisme. Et même si la France a commencé plus tard que les autres pays, le mouvement dans ce pays se développe rapidement. 
Il ne faut pas oublier l'Inde avec la plus grande population végétarienne du monde (à cause de la religion). 
Comment est né ce salon et pourquoi l'an dernier précisément ? Qu'y trouve-t-on ?
Le salon est né en 2010 près de Francfort en Allemagne à cause d'une forte demande pour des alternatives végétariennes. C'est seulement en 2013 que le salon s'est transformé en salon 100% vegan, donc aucun produit d'origine animale n'était accepté. Ce changement s'est fait également à la demande de nos visiteurs. En 2015 nous avons décidé de développer le concept à l'étranger et nous avons regardé plus de 10 pays et détecté une demande en France il y a un an et demi. Depuis, nous développons le salon en France, dont deux salons par an à Paris et notre premier salon à Lyon en 2017.
Quoi de neuf pour cette nouvelle édition ?
Au vu de la présence de nombreux enfants lors de la première édition et de notre offre presque non existante pour eux, nous avons décidé d'établir un espace dédié aux enfants avec plusieurs ateliers autour du veganisme. Ces sont souvent les enfants qui ne souhaitent pas manger « leurs amis », donc les animaux, par conséquence les parents sont obligés de trouver des alternatives et soudain les parents arrêtent également de manger de la viande. Nous avons beaucoup de nouveaux exposants, dont beaucoup des jeunes entreprises qui ont été créées entre l'année dernière et aujourd'hui. Nous allons même accueillir un vélo vegan qui propose des hot dogs vegan ou bien des maisons d'éditions qui proposent des livres de recettes pour BBQ vegan. 
Est-ce que le salon s'adresse aux commerçants, aux chalands ou aux vegan purs et durs ?
Le salon s'adresse à tous les curieux, les vegan, les non-vegan, il n'y a aucun proto-type de visiteur au salon. On trouve des militants à côté des "lifestylers", des bobos, hipsters, mais aussi des grands-parents, des familles, des étudiants, bref - un mélange coloré ! 
D'ailleurs y a-t-il uniquement du vegan ou bien des choses pour les végétariens également, ou les personnes ne pouvant ingérer du gluten... ?
Tous ce qui est vegan convient automatiquement aux vegan car il n'y a aucun produit d'origine animale dedans. Par contre, le veganisme n'est pas automatiquement "sans gluten". Mais on propose une large gamme de produits sans gluten en travaillant ensemble avec une chef de cuisine vegan et l'association AFDIAG qui s'est spécialisée sur la maladie coeliaque et l'alimentation sans gluten. 
Aujourd'hui peut-on vivre 100% vegan et qu'est-ce que cela suppose ?
Tout à fait ! Il est impossible de dire qu'on ne peut plus vivre vegan à ce jour. L'offre végétalienne sur le marché français, notamment en ligne, est assez grande. Les festivals qui se mettent en place (cf. celui de Paris il y a quelques jours, ndr), même en Provence, donnent l'occasion de s'informer, de découvrir ce mode de vie, et les associations représentées proposent beaucoup de moyens pour soutenir une alimentation végétalienne. Exemple : "Défi Veggie" par l'AVF, l'herbe "Recettes végétaliennes de PETA", le programme "1,2, 3 Veggie" par l'AVF, etc. etc. ! La Société Végane est spécialisée sur le thématique d’éventuelles carences lors d'une alimentation végétalienne, par exemple sur le manque de la vitamine B12 et comment on peut la trouver ailleurs. Parfois, c'est l'environnement qui bloque la transformation en être  100% vegan, par exemple pour les enfants à la cantine (voir ci-dessous). 
Quel prix à payer pour la Terre si tout le monde s'y met demain ? Je veux dire : y a t il assez de terre fertile pour tous nous substanter/vêtir... en mode vegan ou est-ce une douce utopie ?
Je ne peux pas répondre à cette question. Il me manque des informations plus claires sur les surfaces qui sont actuellement utilisées pour l'élevage, ensuite sur la façon dont on peut les transformer et pour quelles cultures de plantes, etc. 
Comment peut-on changer vers un mode de vie vegan quand on est parents, ado, adulte ? Et pour les petits ? Existe-t-il des cantines vegan par exemple pour les enfants ?
Malheureusement il n'y a pas encore des cantines vegan ni des cantines végétariennes. Il y a quelques écoles qui proposent déjà des menus végétariens mais c'est quand même assez rare. Je connais quelques familles qui se débrouillent en préparant chaque jour des plats pour leurs enfants à l'école, c'est beaucoup de travail en terme de préparation, mais c'est faisable. 
Est-ce que ça coûte beaucoup plus cher comme les vêtements bio, éthiques et traçables et donc ce serait réservé à une élite ayant les moyens ?
50%/50%. Les légumes (même bio) coûtent généralement beaucoup moins cher que la viande, donc on peut même vivre "moins cher" en devenant vegan, mais étant donné qu'il faut trouver également des alternatives et des compléments alimentaires (qui coûtent souvent beaucoup plus que la viande), les dépenses pour ces deux types d'alimentation (OMNI et végan) restent relativement en équilibre. 
Qu'avez-vous pensé de l'intervention de Pamela Anderson à l'Assemblée Nationale ? Qui sont les autres porte-parole de la bonne parole en France ou ailleurs ?
Pamela Anderson s'engage depuis des années pour la protection animale et c'est une excellente exemple ! J'étais ravie de son intervention. En France, il y a beaucoup des personnes qui s'engagent déjà pour la protection animale comme Yann Arthurs Bertrand, Catherine Helayel, Lolita Lempicka, Novak Djokovic (qui vient d'ouvrir son propre restaurant vegan dans le sud de la France même si lui-même n'est pas français), Matthieu Ricard, Aymeric Caron, Bernard Werber... 
Comment convaincre une personne qui ne l'est pas ? Est-ce que les personnes vegan sont aussi intolérantes que certains le disent envers les gens qui ne le sont pas ?
Les personnes devenues véganes en France l'ont fait dans 75% des cas pour la cause animale. La diffusion de certains vidéos choc de l'association L214 sur les abattoirs et mêmes les abattoirs bio, ont touché beaucoup de personnes. C'est un méthode pour convaincre une personne. S'informer, faire quelques semaines de test, discuter avec des personnes déjà véganes, se renseigner auprès des associations, participer à leurs programmes, il y a pas mal d’options pour devenir végan. 
Pour vous, un monde parfait serait ?
Dépend sur les réponses à mes premières questions :) 


Pour vous, un monde parfait serait ?
Cette questions n'est pas très facilement ni rapidement à répondre. Je peux même écrire un livre sur un monde parfait. Mais en gros, en effet, je souhaite avoir un monde sans souffrance des animaux ni des humains, donc une vie équilibré entre les espèces sur la terre. 

mardi 6 septembre 2016


XANAÉ BOVE EN INTERVIEW SUR L'EX-TAZ !
XANAÉ BOVE © Annakarin Quinto
 Avec son documentaire Ex-TAZ, CITIZEN CASH (1987-1994), la réalisatrice Xanaé Bove est allée explorer les T.A.Z de la charnière 80-90, ces zones ultra libres et secrètes, dont Hakim Bey parla en 1980, qui ont fait vibrer toute une génération de technophiles étourdis par l'effervescence d'un mouvement naissant, aussi puissant qu'éphémère, laissant derrière lui des souvenirs embués et quelques mythes évasifs à l'instar de Pat Ca$h, l'étoile filante de cette période folle en fêtes spontanées. Un précieux souvenir pour toutes celles et ceux qui étaient là, un joli cadeau à la jeune génération qui pourrait elle-même s'inventer de nouvelles zones à conquérir, loin des courses Pokémon groupées, en coupant justement internet et le téléphone pour retrouver l'essence de la fête, dans cet ailleurs qui n'est pas forcément permis par la société moderne. C'est donc avec un certain plaisir que je partage cet échange empreint d'extase, un peu à la manière de celle de Sainte-Thérèse d'Avila, s'inclinant face à l'intensité de son plaisir. Pour ma part, c'est surtout celui d'un retour aux sources qui me donne envie de m'extraire du quotidien, pour aller explorer/faire vivre de nouvelles TAZ, disparues. Merci Xanaé de raviver la flamme techno-punk en moi grâce à ce film...
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L'affiche du documentaire de Xanaé Bove
Comment en es-tu venue à t’intéresser aux TAZ et que représentent elles
pour toi ?

J'ai toujours préféré la marge au centre et l'excentricité (littéralement : ce qui
est hors du centre) au conformisme, donc une appétence naturelle pour l'underground, dès que j'ai commencé à développer mes propre goûts, que ça soit les sorties, la culture, les rencontres. Je dirais vers 16 ans, mais en fait, même enfant, je préférais ce qui sort de la norme. L'Underground est une TAZ, soit -suivant la définition d’Hakim Bey dans son essai éponyme- : un espace de liberté éphémère – réel, virtuel ou imaginaire, voué à disparaître pour ressurgir ailleurs, une fois qu’il est trop nommé, exposé, médiatisé. Son livre-même, on en parlait beaucoup dans les 90s. Hakim Bey a su intelligemment mettre des mots sur ce que bon nombre de nous (travellers, ravers, squatters, teuffers, explorateurs, défricheurs, idéalistes…)  recherchions et pratiquions inconsciemment. Un peu comme M. Jourdain qui fait de la prose sans le savoir (Cf. Le Bourgeois Gentilhomme, ndr), on a découvert que certaines créaient, expérimentaient des TAZ sans en être conscients. Mon film reprend ça. Comme la plupart des héros de mon documentaire, j’ai connu différentes T.A.Z sans pour autant les nommer.
Elles représentent tout simplement, -mais c'est déjà beaucoup!-  des espaces de liberté et d'expérimentation.
 



Que se passe-t-il d’exceptionnel en 1987 qui fait surgir l’apparition des free parties et autres raves  et pourquoi selon toi, cela disparait petit à petit au cours des années 90 ?
Alors, 1) 1987 correspond à l’apparition des premières raves en Angleterre et non, free parties, un phénomène qui viendra ensuite  début 90 en UK, puis en France.
2) À Paris, les premières raves n’auront pas lieu avant 1989 grâce à Manu Casana, le robin des bois de la techno, qui les avait découvertes, précisément en Angleterre.
3) J’ai choisi ces dates car elle sont liées au parcours de Pat Ca$h : avènement, puis disparition au même moment (1994) où le visage de la nuit se modifie et pour en savoir plus, eh bien ! il faut voir Ex-TAZ Citizen ca$h(1987-1994) !...




Est-ce qu’on peut dire que le summer of Love (88) est un beau mélange de hippie et de punk ?



Entre autres,  le Summer of Love anglais  (1987) est une résurgence du Summer of Love hippie de 1967 et les jeunes ravers, des héritiers de l’esprit D.I.Y hippie, puis punk. Il y a une transmission du savoir-faire des ainés,  oui.
D’ailleurs, on retrouve beaucoup de recoupements passionnants (du moins, à mon humble et subjectif avis !) : Penny Rimbaud, du groupe punk autonome Crass (source d’inspiration pour la taggeur Popay, l’organisateur de raves Manu Casana ou encore… Pat Ca$h !) a été un des fondateurs du festival hippie de Stonehenge. Autre accointance  qui me ravit : les Spiral Tribes feront une de leurs premières free parties à Glastonbury ou Stonehenge, fief des festivals hippies qui, à leur façon, plantent les prémisses  des futures raves qui adviendront environ  20 ans plus tard.

En quoi la France s’est-elle différenciée du modèle anglais ?

Dans un sens, ca serait malhonnête de répondre à cette question car malgré mon amour pour l’Angleterre, je n’y ai pas vécu, même si j’ai assisté à des sublimes fêtes là-bas. Ensuite, je suis réalisatrice, pas historienne. Il me semble qu’au Royaume Uni, il y a davantage un sens du collectif et de l’organisation qu’en France. J’y ai vu des lieux se transformer en TAZ  en un temps record, franchement bluffant, peut-être plus rapidement qu’en France ? Je ne suis pas la mieux placée pour répondre, car je ne suis pas et n’ai jamais été non plus organisatrice.
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L'oeil de Ca$h en surimpression Champigny -Extrait du film.
Personnage insaisissable des nuits parisiennes : Pat Cash, pourquoi est-il devenu mythe… furtif ?



Parce qu’il est une bonne métaphore et du cross over de l’époque : il était dans toutes les galaxies -et pas qu’underground : hip hop, punk hardcore, funk, techno, mais aussi clubbing, jet-set, radio Nova… et de la TAZ : une fois trop exposé, il a disparu, renforçant la légende.
Enfin, sa liberté et son excentricité le rendent éminemment romanesque.
Après, je ne sais pas si c’est un mythe ? Ceux qui l’ont bien connu confirmeront –ou pas.

Que garde-t-on de cette période ? 
La techno !...

Est-ce que les TAZ existent encore aujourd’hui et si oui, sous quelles formes et où ? 
La zone d’autonomie temporaire  est éphémère, l’état d’esprit éternel. On peut espérer que, de tous temps, l’être humain aura besoin d’oasis de Liberté, de créer ses propres lieux.
La TAZ  peut être un squat, un hameau auto-géré, un festival, un site web, une soirée, un happening, même un banquet..

Le Burning man fait-il encore partie des TAZ par exemple ?
La définition-même de la TAZ comporte l’idée d’éphémère,  considérant que ce festival fête cette années ses 30 ans d’existence et est devenu très célèbre, non! Ça ne l’empêche probablement pas  de comporter des éléments extrêmes.

Le monde moderne avec sa circulation de l’info ultra rapide…ne permet-il plus de TAZ ?
  
Je pense et j’espère que tant qu’il y aura des êtres humains pensants et agissants, on se différenciera des zombies, robots... en cherchant à développer autant que possible l’autonomie, la différence.
Il faut faire circuler l’info autrement, revenir à davantage de secret, d’invisibilité. C’est ce que dit mon film. Se servir et subvertir les moyens de communication, comme l’a judicieusement suggéré Christophe Feray, un ancien du punk (lié aux Witches Valley, groupe culte fin 80) qui a participé à un des débats liés à Ex-TAZ.

De quelle façon la fête a t elle changé, comment perçois tu la fête d’aujourd’hui ?
D’une certaine façon, tu y réponds avec ta question précédente : la circulation de l’info a beaucoup modifié  la donne. Spécialement, la circulation de TROP              d‘informations. Maintenant, avant même d‘être à la « fête », tu peux avoir accès à tellement d’infos que tu te demandes à quoi bon y aller en vrai ? Déjà, tu as un aperçu topographique hyper précis : merci Googlemaps ! Puis, tu peux entendre tous les sets des DJS ou lives des musiciens via FB, soundcloud, mixcloud, etc… Si 2 ou 3 personnes sont déjà sur place, la publication de photos, selfies sur les réseaux sociaux, achèvera de te donner une idée de la soirée.
On a troqué nos libertés pour du soi-disant confort, de la sécurité et donc,
beaucoup plus de contrôle. Fin  80 et surtout durant les 90s, les gens étaient
libres de se mettre à l’envers sans être filmés, photographiés en permanence,
c’est quelque choses qu’ils fuyaient par-dessus tout !                                      
(Dans le premier débat au Saint André des Arts qui a diffusé  Ex-TAZ  en mars  et
avril, on  parle justement du Paris d’aujourd’hui avec l’équipe du film (image : Steph
Zemore ;  montage : Bruno Bervas et Nadine Verdier), Patrick Rognant, ex-FG et
Gwen Vinson,  ex-Fantom et le public.
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Conversation animée par Patrick Thévenin au Peacock Festival à Paris, autour du documentaire en présence d'acteurs des T.A.Z et de Laurent Garnier
Lors du débat ayant suivi la diffusion de ton film au festival Peacock, Laurent Garnier indiquait qu’il y avait actuellement une réelle effervescence musicale de qualité chez la jeune scène techno et électro, c’est aussi ta perception ?

Je pense que Laurent G est bien mieux placé que moi pour savoir ; il n’empêche que, je ne sais pas si tu te souviens,  mais en échangeant lors de ce débat, il a fini par avouer que tout cela n’est que du revival musical !

Où peut-on voir ton film prochainement ?








Le 15 octobre au Havre, sinon suivre les infos sur le site web EX-TAZ
et la  page Facebook du documentaire On peut aussi voir le teaser ici ou .

mardi 30 août 2016

Interview de Jb Hanak pour son expo au Silencio



Silencio, dDash, dDamage, Cobra
JB Hanak au Silencio à Paris devant ses dessins.
Mondialement connu pour ses posts punko-kamoulox sur Facebook, légèrement célèbre aussi pour ses groupes dDamage et Cobra notamment, JB Hanak, a.k.a. dDash, se fraye désormais un chemin dans le paysage de l’art contemporain. Salué par la critique, adulé par le public, au même titre que pour son parcours musical, il semblerait que ce garçon ait un don protéiforme, que ce soit pour manier la guitare, le micro ou le Posca. À ce titre, dans certaines régions du monde, on le surnomme même « mao de Deus »… Psychélédio-illuminati-regressivo-névrotiques, ses dessins bleus ( comme les yeux de quelqu’un ou ceux de l’âme dans ton for intérieur), tous différents mais empreints d’un processus sériel, semblent avoir été réalisés sous LSD. Si vous passez par le Silencio, le club de Lynch, n'hésitez pas à jeter un oeil à ses dernières productions. Ainsi, il m’est apparu tout à fait opportun de lui proposer une interview "allumée"… Que n’avais-je pas allumé la brèche du millième degré avec mes questions justement. 
Bref, voici un dialogue entre fous artistiques.

JE HAIS LES CHIENS

Bleu comme tes yeux ?
Quand j’étais enfant, on avait l’habitude de dire « les yeux marrons c’est les yeux des cochons, les yeux bleus c’est les yeux des amoureux ». 
Alors en premier lieu, il se trouve que j’ai les yeux marron ; par ailleurs, je suis très amoureux. Je n’ai jamais compris cette analogie mais je l’ai toujours aimée car je me sens humainement proche du porc. C’est un animal que j’affectionne particulièrement pour plusieurs raisons : j’habite dans mes déchets, je pratique le sexe de manière répugnante, je mange bruyamment et sans mâcher, je dégage une odeur corporelle souvent suspecte, etc. 
Ensuite, il suffit juste de s’intéresser un minimum à cet animal pour se rendre compte que les cochons ont tous les yeux bleus. Bah oui. C’est un détail que j’ai pour ma part inscrit au fer blanc dans ma mémoire au cours d’une soirée d’Halloween, à Joinville le Pont, en octobre 1996. Le maître de cérémonie avait fait les choses en grand : outre la soirée costumée, il avait décoré toute sa maison avec des parties de corps d’animaux morts préalablement achetés chez son boucher. Je fus pour ma part transpercé par l’inspiration à la vue d’une tête de porc clouée par les oreilles sur une porte. La fin de soirée s’est terminée en bataille de viande et je me suis emparé d’un très gros couteau – sous l’emprise de l’alcool, c’est très intelligent – afin d’arracher les globes oculaires des orbites de l’animal. Cette difficile tâche m’a pris une bonne vingtaine de minutes. Au lendemain – et, ce, durant plusieurs semaines – j’étais absolument incapable de tenir une conversation avec une personne aux yeux bleus sans me souvenir de manière effroyable de mon acte. Voilà un des premiers points d’accroche vraiment fort que j’ai tissé avec la couleur bleue. 
C’est une histoire encore très importante pour moi, vingt années plus tard. Sur ce point, je pense pouvoir bien plus me revendiquer d'Ozzy Osborne que d'Yves Klein (qui m'a toujours fait chier).

Dans quel hôpital psychiatrique as tu appris à dessiner ?
J’ai appris à dessiner à l’école. Non pas en cours de dessin, car on ne m’y a enseigné que des conneries affreusement inutiles. D’une manière générale, j’ai toujours pensé que l’école était une vaste et pénible fumisterie ; et ta question me fait nostalgiquement penser que, durant l’adolescence, j’ai souvent comparé l’école à un hôpital psychiatrique. Un endroit où l’on t’enferme pour te mettre de force des horribles conneries dans la tête. 
Donc, en gros, j’ai passé le plus clair de mon temps au fond de la classe à ne rien foutre d’autre que de remplir inlassablement les pages de mes cahiers avec des dessins interminables, comme je le fais encore aujourd’hui. Sauf qu’aujourd’hui, je suis libre. Enfin, je le crois. Par ailleurs, lorsque j’étais en 4ème, au collège Nicolas de Staël à Maisons-Alfort, un jour, en cours de dessin, ma prof Madame Dreyfuss m’a repéré en fond de classe à dessiner dans mon agenda ; alors que j’étais supposé dessiner sur une feuille Canson les mêmes saloperies totalement minables imposées à mes camarades et moi. Éprise d'un zèle autoritaire et déraisonné, cette femme s’est emparée de mon carnet pour en déchirer toutes les pages avec des dessins. C’était dans ma période « je dessine des monstres avec des pénis énormes se terminant par des visages épris de douleur et dégageant énormément de salive ». 
Au final, j’ai eu quatre heures de colle que j’ai passées en salle de permanence, à dessiner des monstres dans ce qu’il restait des pages de mon carnet.

Que n écoutes tu pas comme musique quand tu dessines ?
Tout. Je dessine en silence. J’ai mes activités de musicien en parallèle au dessin. C’est la raison pour laquelle je préfère ne pas écouter de musique lorsque je dessine. Le dessin de demande énormément de concentration, je préfère ne pas être diverti lorsque je pratique. Et il faut dire aussi que le silence fait partie du Top 3 des choses que je préfère écouter dans la vie : ex-æquo avec les larsens et les hurlements de sirènes des flics.

Ca se mange ?
Je ne suis pas certain de saisir le sens de ta question. Néanmoins, j’aimerais préciser que je suis pro Gluten, pro Viande, pro OGM, pro huile de Palme, pro hormones, pro acides gras saturés, pro junk food, pro alcool et par dessus tout pro Monsanto. Je préfèrerais toujours des Skittles à une aubergine.

Tu remontes quand sur scène ?
Concernant dDash, il est probable que je fasse un concert dans une magnifique salle parisienne d’ici quelques mois, mais je ne peux pour le moment dévoiler le lieu. Par ailleurs, nous avons le projet de tourner ensemble un de ces jours avec Nicolas Ker qui est un garçon que j’affectionne particulièrement – et puis on partage le même bassiste, Jeff « Eat Gas » Dijoud, réputé pour être le musicien le plus relax de toute la scène parisienne. Sinon, quelques dates avec Cobra sont également prévues à partir de la rentrée : et là c’est très différent, il s’agit vraiment de mecs pas relax du tout. Et puis, le truc le plus excitant, c’est que nous préparons actuellement le retour de dDamage avec un concert en octobre à l’occasion de la sortie de notre nouveau disque vinyle. On reprend les armes avec mon frère, et ça va vraiment faire du boucan sur scène.

Est ce l air de la montagne ?
Je ne sais pas, je ne comprends pas cette question non plus, mais, disons que les trucs sains c’est définitivement pas pour moi.

En anglais ça donnerait ?
« Kind of Blue »

On s éloigne un peu du sujet central. Peux tu définir ce que je vois dans tes dessins ?
C’est extrêmement simple : mes dessins et mes peintures sont un amas de choses horriblement compliquées et torturées, réalisées avec une joie de vivre incontestable et un sens de l’humour que j’espère communicatif. Le compliqué y est présenté d’une manière que j’essaie à rendre simple pour le sens visuel. Énormément de détails laissent l’impression d’avoir été réalisées vite et simplement ; et il s’agit là d’un travail long et fastidieux. Je rends très souvent hommage à mes diverses sources d’inspiration tout en étouffant ces références, en les noyant sous énormément de couches successives de dessins qui finissent par prendre le dessus de manière écrasante. C’est une petite vengeance mesquine et jouissive à la fois, j’adore tuer mes références. Freud a tenté d'expliquer que c’était vraiment le truc ultime ; donc, je m’y amuse. Et sinon, il y a des leitmotivs que je répète de manière inlassable. La tête de porc dont je te parlais plus haut en fait partie. Je ne l’oublierais jamais et j’aimerais me ramener à son souvenir de manière éternelle.

Sont ils Vegan ? Ou Alan Vega, à la rigueur ?
Vu ce que je t’ai expliqué plus haut, tu dois commencer à te faire une idée de ce que je pense des vegan. Ensuite, pour Alan Vega, j’ai appris sa mort la semaine dernière et je dois t’avouer que j’étais extrêmement déçu qu’il ne se soit pas suicidé. Sérieux, la honte… Il a pas fait le boulot jusqu’au bout, quelle arnaque… Sinon, j’ai beau ne pas être vegan, je me dois d’insister sur un point extrêmement important : j’adore les animaux. Top 5 : Serpent, cochon, singe, cafard et éléphant. Tu retrouveras le singe dans dDamage et le serpent dans Cobra (mon signe astrologique chinois). Le cafard est un animal avec lequel nous avons été élevés mes frères, ma sœur et moi. Les aimer fut la solution de compromis afin de pouvoir vivre en paix, car ils ne voulaient pas partir. Et puis, j’adore les éléphants. Il y en a vraiment pas mal de camouflés dans mes dessins. J’entretiens une relation particulière avec cet animal depuis très longtemps. 
Quand j’étais ado j’ai eu un job au Salon du Livre, j’étais dans un costume d’éléphant. Un personnage tiré d’un livre de soutient scolaire pour aider les enfants qui galèrent à lire et à compter. C’était un costume énorme, pour une seule personne. En 5 jours j’ai perdu 5kg. A l’intérieur, je devais faire jouer un bras entre la trompe et une main du costume. J’avais des pattes en moonboots gigantesques qui limitaient à mort ma mobilité. Et puis aussi, il y a une fille de quatre ou cinq ans qui est tombée amoureuse de moi. A un tel point qu’elle ne voulait plus voir sa mère, elle voulait juste rester avec l’éléphant. Elle disait juste « L’éléphant, l’éléphant, l’éléphant ! », tout le temps. Elle me l’a dit des dizaines et des dizaines de fois, elle m’a jamais rien dit d’autre. Elle me faisait des câlins, mais moi je sentais rien à cause de ce foutu costume trop gros. On a fait le tour du salon du livre deux fois de suite en se tenant la main et sa maman devait nous suivre de loin sans se faire voir. Ma chérie, elle disait toujours « L’éléphant, l’éléphant ! », ou même parfois elle ne disait rien mais en serrant fort ma main ; elle avait un grand sourire et elle regardait les gens fièrement. Ça a duré pas mal de temps. 
A la fin, elle a pleuré parce qu'il fallait rentrer à la maison. 
Moi j’ai pas pleuré mais j’étais triste – j’aurais pu pleurer, dans le costume personne n’aurait vu. Et puis mon manager est venu me voir pour m’engueuler parce que j’étais parti 35 minutes de mon poste. J’étais sensé faire des photos avec des enfants insupportables, alors que j’avais le cœur déchiré d’avoir laissé partir mon amoureuse. Une heure plus tard j’ai pris ma pause pour aller fumer une cigarette dehors. J’avais enlevé mon costume mais, comme un pauvre abruti que je suis, j’avais gardé les moonboots aux pieds : mes pieds d’éléphant. Sur le parking j’ai recroisé la petite fille avec sa maman. Je croyais qu’elle était rentrée à la maison, alors j’étais heureux de la revoir. Aussi, elle avait arrêté de pleurer, donc je lui ai fait un sourire. Mais j’avais pas mon costume, alors elle savait pas qui j’étais. Elle faisait un regard bizarre. J’avais une cigarette allumée. C’est quand elle a vu mes moonboots qu’elle a compris et elle s’est mise à pleurer de nouveau. C’était pas le son de pleurs du caprice pour rester avec l’éléphant. Là, j’ai entendu qu’elle pleurait du vrai douloureux ; je lui ai brisé le cœur en la faisant grandir beaucoup trop vite. 
Elle disait encore les mêmes mots « L’éléphant, l’éléphant… » dans des sanglots insupportables, sa mère m’a porté un regard haineux, long, infect. Du coup j’étais effondré et je ne me le suis jamais pardonné. C’est triste. Je suis pas un éléphant. J’ai jamais été un éléphant. Par contre, les pieds lourdingues de l’éléphant, depuis cette histoire, je suis condamné à me les trainer jusqu’à la fin de ma vie.
jb hanak, dDash, Cobra, dDamage,Silencio
Mur du collège Nicolas de Staël à Maisons-Alfort

Y en a combien et surtout se reproduisent ils comme des gremlins ?
Ma première série « Hyperactive Jerk » comportait 25 pièces. La nouvelle se nomme « NEGATIVE » et comporte une dizaine de pièces (actuellement exposées au Silencio) mais elle n’est pas terminée. Elle sera prochainement exposée à l’Institut Français de Tokyo en novembre et – aussi – il y a un projet d’exposition à New-York pour le printemps 2017. Les pièces ne se reproduisent pas comme des gremlins, malheureusement, elles demandent énormément de travail et de temps… 
Mais j’aime bien l’idée qu’on peut s’en faire, comme avec ta question : l’idée que je fais mes tableaux super vite de manière quasi industrielle me plait. Et j’aime entretenir le mensonge pour créer du scénario amplement plus cool que la réalité. Sinon, la comparaison avec les gremlins est rigolote, mais pour ma part, je me sens dans la création beaucoup plus inspiré du mythe du Golem ; que je trouve incroyablement beau dans la tradition tout en étant foutrement actuel. C’est quelque chose qui se trouve en parfaite adéquation avec mon rapport torturé à l’enseignement. Je ne le répèterais jamais assez : les enfants, n’allez pas à l’école, c’est de la merde, tout ça c’est des conneries qui sont là pour vous pourrir la vie et faire de vous des personnes mauvaises et inutiles. Bon, tout n'est pas perdu, hein... On peut toujours trouver par chance un diamant caché dans une montagne de merde. J'ai vécu une expérience très intense à l'école, lorsque j'étais en 3ème. Toujours au collège Nicolas de Staël à Maisons-Alfort. C'était donc un an après l'histoire du cours de dessin que je t'ai précédemment racontée. Un an plus tard, donc, j'ai affiné mes dessins pour aller à l'essentiel. Je ne dessinais plus de monstres à grosses bites, mais tout simplement des grosses bites. Aller droit à l'essentiel, c'est extrêmement important. Il se trouve qu'à l'époque, c'était l’émergence de la mode du tag et du graff. Personnellement, je ne m'en suis jamais senti proche : c'était plus l'affaire de mon grand frère Fred (avec qui je fais dDamage aujourd'hui, et qui était membre des VEP aux côtés de Oeno, Colorz, Jare, Pozer, Arnak...). La seule chose qui m'intéressait dans ce mouvement, c'était le vandalisme. Je me reconnaissais énormément au travers de l'acte de vandalisme, que je chérissais par dessus tout. J'avais un camarade de classe qui, lui, était profondément fasciné par le nazisme. 
Du coup, il ne taguait pas non plus, il graffitait des croix gammées un peu partout dans le collège. Pour ma part, je graffitais des bites de toutes tailles. Ça allait bien ensemble, on s'amusait, on a même fait des oeuvres croisées : des crois gammées faites de bites (mais je me suis rendu compte bien plus tard que nous n'avions rien inventé). Et puis, un beau jour, nous nous sommes fait pincer par un surveillant qui nous a emmené directement chez la directrice : Madame Muffragi. J’avais dessiné une bite vraiment énorme sur un mur et écrit comme légende « VIVE LA BITE ! » en lettres majuscules sur lesquelles venaient se poser des gouttes de sperme. La punition fut la même pour mon pote nazi comme pour moi : un samedi après midi d'heures de colle. Le jour de la sanction étant venu, la directrice du collège a réuni tous les élèves de l'école sous le pré-haut juste avant la libération de 12h30. L'idée était de nous humilier mon pote nazi et moi même face à tous les élèves de l'école. C'est alors que Madame Muffragi a porté ce discours qui résonne encore aujourd'hui au fond de ma mémoire comme l’unique véritable acte pédagogue de toute ma scolarité : "Vos deux camarades sont punis car ils ont commis la même connerie : ils ont salopé les murs du collège avec leurs graffitis. Je leur ai donné la même sanction, cependant j'aimerais vous expliquer qu'il réside une énorme différence dans le caractère des graffitis qu'ils ont fait tous les deux. Le premier a dessiné des croix gammées, et je pense qu'il est encore un peu trop jeune pour estimer le poids de sa connerie. Le second a dessiné des pénis. Et j'aimerais dire une chose essentielle à tous les petits cons et toutes les petites connes que ça amuse : à votre âge, il est beaucoup plus naturel de dessiner partout des gros sexes turgescents que de dessiner des croix gammées. S'il y a un chemin à suivre dans la connerie, je vous conseille de suivre celui de Hanak". Ça a flatté mon égo. Raison pour laquelle tu peux passer des heures à analyser mes dessins et mes peintures : tu y trouveras plein de bites camouflées un peu partout, mais jamais une seule croix gammée. C'est peut être le seul truc appris à l'école que je continue aujourd'hui à mettre en application. 
C’est ma manière de rendre hommage à Madame Muffragi qui fut, à mon sens, la seule personne du corps enseignant m’ayant transmis quelque chose d’utile durant toute ma scolarité ; je te laisse juge pour déterminer si c'est une bonne chose ou encore une énorme connerie. Mon pote nazi s’est vengé quelques jours plus tard, en allant graffiter « A MORT MUFFRAGI LA GROSSE PUTE » sur le muret blanc de l’entrée du collège. Il a effectué ce graffiti à l’aide d’un baranne rempli d’un mélange d’encres et de peintures dont lui seul avait le secret. Cette histoire date de 1991. Et bien, tu peux te rendre aujourd’hui au devant du collège Nicolas de Staël, 81 rue Victor Hugo à Maisons-Alfort : 25 ans plus tard, le mur a été repeint une bonne cinquantaine de fois. 
Après chaque averse, le graffiti réapparait en transparence derrière la peinture blanche. C’est magique, nous sommes en 2016 et le graffiti est toujours là. Encore aujourd’hui je n’ai de cesse d’être bouleversé d’émotion chaque fois que je passe devant : c’est le graffiti le plus puissant que je n’ai jamais vu de toute ma vie. Et j’ai beau encore admirer le discours de Madame Muffragi, il n’empêche que le vandalisme lui a été plus fort. Le temps nous l’a prouvé.

Avant qu’on se quitte, quelle question te poserais tu ?
Après t’avoir parlé des animaux que j’aime, j’aimerais terminer sur « Quel animal détestes tu ? ». Il y en a un et un seul : le chien. Merde, les chiens... Oh non, pas les chiens… Putain de chiens. Je vous hais. Socialement je fais croire que je hais les chiens. Je le dis souvent, vraiment, à tout le monde. Je déteste les chiens, reste tranquille clébard de merde. T’approche pas, sale clébard pourri, tu pues de la gueule. En fait je dis comme ça, c’est juste parce que je veux pas montrer que j’ai peur d’eux. De toute manière, j’aime pas montrer quand j’ai peur, donc c’est plus simple comme ça. Ça a commencé quand j’avais sept ans ; j’étais au bord du Lac de Créteil avec mon père et j’ai vu quatre petits chiots tout mignons. Des bergers allemands qui avaient à peine deux semaines, vision de beauté pure. J’ai été les voir d’un pas pressé tellement j’avais envie de les caresser, puis j’ai à peine eu le temps d’en toucher un que leur maman m’a sauté dessus pour me déchiqueter un bras. Et puis une fesse. Ensuite, elle a voulu me mordre au cou pour me tuer, mon père et le propriétaire du chien sont arrivés à temps pour la bloquer à coups de savates dans sa gueule. Moi j’étais par terre à pisser le sang de partout et aussi, je pleurais comme un bébé alors que mon père continuait à défoncer ce clébard de merde à coups de lattes très insistants. 
Ensuite on a pris la voiture avec mon père, j’étais sur la banquette arrière ; c’était le premier voyage à 190km/H de toute ma vie. Je me vidais de mon sang, le sang coulait vite, mais je me souviens précisément avoir aimé la vitesse tout en chialant. On grillait tous les feux. Je connaissais pas la vitesse, ce truc qui fait peur aux gens. Moi j’étais sur le point de mourir, mais la sensation du 190 et des hurlements des klaxons me plaisaient. Avec mon père, on était plus forts que la probabilité d’un accident de voiture mortel parce qu’il voulait me sauver la vie. Et puis, on a été arrêtés par des policiers. Des motards. Contraint de stopper la voiture, mon père a hurlé par la fenêtre dès que les policiers sont arrivés à notre niveau : « Barrez vous bande de fils de putes, je vais à l’hôpital mon gosse est en train de crever ! » Les policiers m’ont regardé et ont répondu à mon père « Excusez-nous monsieur, on va vous ouvrir la voie. » Ils nous ont escorté jusqu’à l’hosto, en roulant encore super vite. Mon corps d'enfant qui refroidit, les torrents de larmes, la vitesse, les bouts de chair qui pendent, le sang partout et les hurlements des sirènes de flics dans ma tête qui vacille. C’était la première sensation extrême de ma vie ; et elle cohabitait de manière exponentielle avec un infini sentiment de fierté à l’égard de mon Papa. Je suis fier de mon Papa. Il est vraiment con, mais je suis fier de lui parce que moi aussi je suis très con. Et aujourd’hui, j’aime pas les flics. 
Mais j’ai toujours ce truc qui fait que je préfère tout de même ceux en moto. Voilà, et la fin de l’histoire tu la connais parce que je suis pas mort.

Tu nous chantes un petit quelque chose avant de partir ?
Je te laisse avec « Pédés et Drogués » de Cobra. Bisous, et puis merci pour l’interview.
https://cobra06130.bandcamp.com/track/p-d-s-et-drogu-s

 Exposition de Jb Hanak au Silencio :
dessin jusqu'au 4 septembre et gravure jusqu'en octobre 2016.